Seund Ja Rhee

J’ai connu Seund Ja Rhee vers 1983. Elle avait déjà 65 ans, et moi 27, âge avancé par rapport à moi, mais elle exprimait un telle jeunesse !

Née en 1918, disparue en 2009, Seund Ja Rhee, artiste peintre coréenne, vivait en France depuis 1951. Reconnue dans son pays d’origine, mais aussi chez nous, elle fut nommée Chevalier des Arts et des Lettres.

portrait de Seund Ja Rhee … extrait du site http://fcanarelli.free.fr/maison-rhee.html

La page wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Seund_Ja_Rhee) qui lui est consacrée évoque une production abondante : un millier de peintures, 700 gravures, 250 céramiques … elle a aussi beaucoup exposé : plus de 80 expositions personnelles, plusieurs centaines d’expositions collectives auxquelles elle participa.

Je ne peignais pas quand je l’ai connue, ça m’est venu plus trad. Je me souviens de mon grand-père peignant un tableau représentant le port de Royan qui me fascina, et il y avait une célébrité artistique dans la famille, le cubiste Albert Gleizes … mes premières approches furent les tableaux cubistes, abstraits, réalistes modernes.

Ce qui, d’emblée, me fascina chez Seund Ja, fut l’accumulation de tableaux sur les étagères de son atelier qu’elle occupait Rue de la Procession dans le XVeme arrondissement de Paris.

Un projet de film sur elle ne dépassa pas une idée abordée lors de discussions, je lui fis rencontrer Antoine qui travaillait dans le cinéma. Elle lui adressa cette amusante dédicace : « A Antoine, cinéastre », jeu de mots involontaire et poétique qui lui ressemblait assez bien, et du reste, si elle comprenait parfaitement le français, elle ne le parlait pas si bien.

Le poète Michel Butor a écrit plusieurs poèmes autour de son univers, certains écrits sur ses gravures. Il me semble que sa peinture se scinde en 2 périodes : une période terre-mère, et une période ciel. Le fond de la culture coréenne, outre les influences chinoise et japonaise subies, est lié au chamanisme, au culte des éléments naturels. Seund Ja s’inscrivait dans cette tradition.

Quelques photos de sa première période, que j’apprécie particulièrement, extraites du livre « Seund Ja Rhee» – Youl Hwa Dang – préface de Michel Butor…

Elle déposait sur la toile au pinceau des petites touches de couleurs (points et traits), puis son style a changé : elle s’est mise à peindre à l’aérographe. A ce sujet, elle évoque la révélation ressentie quand elle prenait l’avion entre la France vers la Corée, survolant le pôle, aux antipodes. Une peinture aérienne qui évoque un ciel, sur la quelle elle a peint au pinceau des petits carrés en arc en ciel ou des symboles géométriques, demi-cercles emboîtés, l’un est le symbole féminin le « yin », l’autre le symbole masculin le « yang » … j’avoue que si je suis sensible au récit autour de ces peintures, cette deuxième période me touche moins.

antipodes … extrait du site http://fcanarelli.free.fr/maison-rhee.html

J’aime particulièrement ses gravures et ses poteries.

Ces photos sont extraites des livres « Seund Ja Rhee» – Youl Hwa Dang – préface de Michel Butor… et de « Seund Ja Rhee œuvre gravé 1957-1992 aux Editions Fus-Art.

Elle avait toujours plein de projets, il n’y a que les quelques mois avant son décès à 90 ans que je l’ai trouvé fatiguée. Elle a fondé une fondation autour d’elle, de son vivant … d’habitude, ce genre de projet ne prend forme qu’après la disparition de l’artiste. J’ai peint un tableau qui la représente sortant de sa maison de Tourettes sur Loup

photo de Seund Ja à Tourettes
Seund Ja

Un jour, elle me demanda d’amener un de ses tableaux au salon « Grands et Jeunes ». Tableau immense que j’ai baladé à travers tout Paris, attaché à des cordes sur le toit de ma « 2 chevaux ». Je l’ai déposé dans ma petite piaule avant de le déménager le lendemain au Grand Palais où se tenait l’expo. J’ai dormi une nuit sous ce tableau immense, accroché au plafond, qu’il occupait entièrement.

Chaque fois que l’on se voyait, elle me faisait une nourriture coréenne délicieuse, mais me demandait systématiquement un service : lui écrire une lettre, une démarche … c’était sa conception de l’amitié : elle vous rendait un service, elle vous en demandait un en retour.

Elle avait acquis une petite maison quelques kilomètres au-dessus de Nice, sur les contreforts des Alpes. Elle s’y rendait à la belle saison. Elle a fait beaucoup de gravures, là-bas. Arrivé à l’aéroport ou à la gare (ou alors elle venait de Partis en voiture) … elle prenait son véhicule, sa conduite était hasardeuse, un vrai danger public mais quelqu’un là-haut la protégeait. C’était à Tourettes-sur-Loup, qu’elle habitait. Une mosaïque, sur le muret soutenant le portail, affichait le nom du lieu : «Rivière Argent» … Les photos qui suivent, ont été prises à la fin des années 80 :

Et voilà qu’à plus de 80 ans, elle décide de faire construire à côté de son mas de Tourettes, une maison moderne représentant les deux symboles géométriques, demi-cercles emboîtés, représentant le « yin » et le « yang », les deux parties emboîtées étant séparées par une petite rivière … La photo qui suit est extraite du site http://fcanarelli.free.fr/maison-rhee.htm.

Rivière Argent

Vous trouverez le site internet de la fondation Seund Ja Rhee en suivant le lien … http://seundjarhee.com/

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