L’Art Brut … je veux dessiner comme un enfant

Notes à partir de l’ouvrage de Lucienne Perry « L’art Brut » (Flammarion)

« Je veux être comme un nouveau-né, ne sachant absolument rien de l’Europe, ignorant les poètes et les modes, presque un primitif »

Paul Klee

C’est en 1945 que Jean Dubuffet découvre en Suisse des dessins et peintures émanant de personnalités inconnues, obscures et maniaques (certaines d’entre elles sont d’ailleurs internées dans des asiles psychiatriques), oeuvres qui ne doivent rien à l’imitation de productions artistiques existantes, mais qui font appel à l’invention la plus spontanée, la plus personnelle.

L’Art Brut est né.

….

Après des siècles de raffinement occidental, qui à terme pouvait conduire à une sorte de stérilité esthétique, les artistes ressentent le besoin d’un retour aux sources. Déjà les impressionnistes (Van Gogh) s’extasiaient devant les estampes japonaises. L’art moderne redécouvre le primitif, l’art africain, l’art océanien Il est rarement fait mention de l’apport de l’Art Brut … et pourtant !

Un étrange paradoxe veut que les nazis (leur Führer était un peintre raté) l’aient habilité à leur insu, quand ils organisèrent l’exposition consacré à « L’art dégénéré » (Entartete Kunst) sous la direction de Goebels (morphinomane pervers, collectionneur secret d’oeuvres honnies par les nazis en public).

Par leur propagande, les nazis cherchaient à démontrer la décadence de l’art « judeo-bolchevique ». C’est ainsi qu’ils avaient mêlé les tableaux de Kirchner, Nolde, Kokoschka, Chagall, Kadinsky … à ceux de malades mentaux, issues le la collection du médecin psychiatre Prinzhorn à Heidelberg.

André Breton parlait de l’Art des Fous, mais Dubuffet refusait cette restriction, il recherchait à rebours d’un art de professionnels et d’esthètes, une fraîcheur, une authenticité, une spontanéité qu’il pensait trouver dans l’art des fous, mais aussi dans celui des gens du peuple et des enfants


Vers 1900, dans la quête du primitivisme, le dessin d’enfant est réhabilité. Plusieurs mouvements artistiques (« Die Brücke », les fauves … et plus proche de nous, le « bad painting ») ont beaucoup emprunté à l’art des enfants qui se caractérise par la simplification de la forme, par le choix des couleurs vives, l’absence de nuances et de modelé, la distorsion de la perspective …

Quelqu’un comme Paul Klee s’inscrit dans cette recherche.

La mosquée de Hammamet – Paul Klee

« Messieurs les critiques disent souvent que mes dessins ressemblent aux gribouillis ou aux barbouillages des enfants. Si seulement c’était vrai ! Ce que peint mon petit Félix vaut bien mieux que tous mes tableaux, car trop souvent chez moi, cela filtré goutte à goutte à travers mon cerveau »

Paul Klee

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
58 ⁄ 29 =